Avant que Lyon travaille, Lyon mange. Le mâchon est un repas du matin, hérité des canuts, ces ouvriers de la soie qui cassaient la croûte à l’aube, après les premières heures au métier. Charcuterie, un verre de Beaujolais, une table partagée. Tôt. Très tôt.
On le sert encore, dans une poignée de bouchons, à ceux qui savent demander. Le tablier de sapeur, le saucisson chaud, les grattons, la cervelle de canut. Rien de léger. Le mâchon n’a jamais cherché à plaire à tout le monde.
Ce n’est pas un brunch. Ce n’est pas une animation. C’est un reste de ville ouvrière, gardé par quelques patrons qui ouvrent quand la nuit n’est pas tout à fait finie.
Le Beaujolais arrive en pot lyonnais, ce flacon au cul épais qui tient quarante-six centilitres. On ne compte pas les verres. On compte les habitués.
La plupart des Lyonnais n’y vont jamais. Ceux qui y vont n’en parlent pas beaucoup.
Le jour, lui, peut bien commencer.
